1. Katrina, un ouragan dĠantiamricanisme 4. La rpartition des responsabilits La vrit nĠclate pas quand on fait la moyenne des opinions, elle est ailleurs. Katrina joue cet gard le rle dĠune arracheuse de feuilles de vigne : les failles des individus et des systmes apparaissent au grand jour, mais aussi leur efficacit, leur gnrosit et leur hrosme : une catastrophe dvoile lĠtre dans sa vrit. Et aussi : ce que jĠcris ici est sous toute rserve ; il y aura une commission dĠenqute nationale et nous en apprendrons probablement de belles. Je me mfie toutefois de ces enqutes, les commissions parlementaires ont tendance au blanchissement facile. DĠautre part leurs recommandations font lĠimpression de mouches qui piquent un diplodocus immense, lent ragir (par exemple, la commission du 11 septembre, dont les exhortations urgentes nĠont toujours pas t appliques, ou encore lĠexercice dĠvacuation de la Nouvelle-Orlans en juillet 2004, dont on attend toujours les conclusions). Enfin, chaque jour apporte sa moisson de rvlations et de rumeurs, donc cet tat des lieux est pour le moins provisoire et sujet constantes rvisions et corrections. Attribuer les responsabilits est donc un exercice prilleux, provisoire, quelque peu prmatur et intrinsquement politique ; cependant, la gauche amricaine, soutenue par la majorit des mdias, sĠy met ds lĠatterrissage de Katrina, et est ensuite relaye par la presse europenne, qui, fort souvent, se contente de faire paresseusement des traductions des grands journaux nationaux dmocrates, comme le Los Angeles Times ou le New York Times. Le jeu du blme commence gauche ds le 2 septembre, et va sĠamplifier dmesurment dans les jours qui suivent. LĠadministration Bush va ragir avec lenteur (autant pour les gnies de la manipulation mdiatique). Établir ne serait-ce qu’une simple chronologie des événements bruts implique déjà, au premier niveau, une interprétation signifiante. Voici une chronologie de Katrina à gauche. Cette dernière peut être comparée avec une autre chronologie. Voir également, http://rightwingnuthouse.com/archives/2005/09/04/katrina-response-timeline/. Est aussi intéressant un blog par un habitant de la Nouvelle-Orléans, jour par jour. Ici encore, pour rpondre, il faut remonter haut dans le temps, c'est--dire la Constitution mme des tats-Unis. Le fdralisme y est lĠun des principes les plus profondment ancrs : lĠAmrique est un assemblage dĠtats souverains coiff dĠun gouvernement fdral aux pouvoirs limits. Plusieurs problmes, pour notre sujet, sont cruciaux : 1. La garde nationale, malgr son nom, ne peut tre mise en action que par une dcision du gouverneur de lĠEtat (ce qui pose la question : que faire quand plusieurs tats sont affects par une catastrophe sans prcdent ; que faire quand le gouverneur est indcis et incomptent, et, appartenant un parti, rpugne faire intervenir le prsident qui est dĠun autre parti. 2. Les autorits et les forces municipales, cantonales (= parish en Louisiane) et de lĠEtat sont responsables, dans cet ordre, de la rponse initiale un dsastre. LĠintervention fdrale, logistiquement plus lourde, ne peut tre dploye que dans un dlai plus long, 72 heures au minimum. Dans les cas de Katrina, lĠinondation des routes dĠaccs (la Nouvelle-Orlans nĠa que trois routes dĠvacuation) et lĠeffondrement de ponts vitaux, il faut sans doute rajouter au moins 48 h ce dlai. Chose incroyable : les autorits fdrales ne recevaient pas les informations des autorits locales, le rseau de communication ne fonctionnant plus. 3. Le prsident ne PEUT pas faire intervenir les forces armes dans un tat sans demande expresse de son gouverneur (article Posse comitatus, le fait du prince, de la constitution, 1878 : Whoever, except in cases and under circumstances expressly authorized by the Constitution or Act of Congress, willfully uses any part of the Army or the Air Force as a posse comitatus or otherwise to execute the laws shall be fined under this title or imprisoned not more than two years, or both. -Title 18, U.S. Code, Section 1385). En vertu du mme esprit fdraliste, le dpartement ministriel du Homeland Security, et la Federal Emergency Management Agency ne peuvent que rpondre aux demandes dĠun tat, non sĠimmiscer dans ses affaires; on peut prvoir quĠ la suite de Katrina, ces dispositions vont tre profondment revues. Par ailleurs, le DHS et la FEMA ont, places sous lĠautorit de la gouverneure, des antennes locales dans les Etats qui devraient tre en premire ligne. Et cĠest une bonne chose, il faut prvenir lĠenvoi de la troupe au moindre prtexte. Ici, nul nĠest au-dessus de la loi, pas mme Nixon. Si Bush tait intervenu directement, cĠet t en violation de la Constitution des Etats-Unis. Il aurait pu fdraliser la Garde Nationale locale, mais il semble que ce dbat se soit perdu dans une glaciation bureaucratique. 4. Pour surmonter lĠindcision de la gouverneure Kathleen Blanco, le prsident aurait pu envoyer la troupe en invoquant lĠInsurrection Act (Title 10 USC, Sections 331-335). This act allows the president to use U.S. military personnel at the request of a state legislature or governor to suppress insurrections. It also allows the president to use federal troops to enforce federal laws when rebellion against the authority of the U.S. makes it impracticable to enforce the laws of the U.S. Il est possible quĠil lĠait fait, mais cĠest prendre avec des pincettes. Quoi quĠil en soit, il sĠagissait dĠune inondation, non dĠune insurrection. Pour rsumer, la multiplicit des responsabilits et des centres de dcision, dues la structure fdrale des Etats-Unis, les lenteurs de toute bureaucratie, apparaissent comme un des obstacles majeurs lĠefficacit des secours. Et cĠest la diffrence dĠavec le 11 septembre : New York, il y avait un leader lĠesprit clair, qui ne pleurait pas la tlvision et ne lanait point dĠhasardeuses rumeurs et dĠoiseuses rcriminations, Rudolf Giuliani, source de toute autorit, qui coordonnait les efforts de 32 dpartements et agences diffrents, en bnficiant dĠun rseau de communication intact. Par contraste, les leaders de Louisiane passaient leur temps se fliciter de lĠexcellence de leurs actions et accuser le gouvernement fdral de toutes les inepties. Moment qui a atteint le sommet du surralisme quatre jours aprs le dsastre, le maire Nagin sort dĠun entretien avec Bush, visiblement rassrn par les paroles du commandant en chef. Puis, devant les camras de tlvision, il pose cette question ahurissante : Ç Mais quelle est la chane de commandement, ici ? È Faire la part des responsabilits, cĠest aussi faire la part des choses sur le plan de la dure : dans les premires 72 h dĠune catastrophe, les autorits municipales et locales assument la pleine responsabilit des oprations : ensuite, leurs efforts fusionnent avec ceux de lĠadministration nationale, plus lourds logistiquement, et donc plus lents se dployer. 4.1. Responsabilits locales Quant moi, pendant la crise, et de ce que je voyais la tl, jĠtais indign que les hlicoptres de la Cost Guard dposent, sans instructions, sans eau, et sans vivres, des rescaps sur une autoroute. Je mĠangoissais de la situation au Superdome, o sĠentassaient 25.000 personnes, beaucoup de vieux, de malades, de femmes et dĠenfants, de dmunis, de sans abris, de drogus qui avaient obi aux ordres du maire C. Ray Nagin. Le toit avait cd en partie, il nĠy avait pas dĠair conditionn, dĠeau, de sanitaires (voir le tmoignage dĠun rescap franais), la scurit tait minimale, voir inexistante, alors que des bandits avaient russi passer des armes dans le refuge malgr les fouilles ? Les rumeurs de meurtres, de pdophilies, de viols allaient bon train. La plus folle fut celle que lana un activiste noir (et quĠil rtracta presque immdiatement): des noirs avaient recouru au cannibalisme pour survivre[i]. Les bruits se rvlrent par la suite, pour la plupart, sans fondement. Cependant, ma colre ne sĠapaisait pas. Comment tait-il possible quĠon laisse 32.000 personnes coinces dans une situation aussi prilleuse pendant quatre jours, dans le Superdome, le Convention Center ou sur lĠautoroute ? Pourquoi les abandonner pratiquement eux-mmes, ALORS QUE JE VOYAIS DE MES PROPRES YEUX QUĠILS TAIENT ACCESSIBLES PAR LA ROUTE, puisque les camions des tlvisions nationales, avec leur lourd quipement, taient sur place et diffusaient ? Rappelez-vous, et ceci est crucial, que les autorits locales sont en premire ligne, quĠvacuer la Nouvelle-Orlans exige au moins 72h, ET QUE CES MĉMES AUTORITS SONT RESPONSABLES DE LĠVACUATION. Or, le maire C. Ray Nagin a ordonn la premire vacuation obligatoire de lĠhistoire de la ville le dimanche 28 aot 9 h du matin, ET CĠTAIT TROP TARD. De plus, il avait prvu le premier pas, concentrer les sinistrs dans un refuge inadapt, mais central et accessible, mais pas le second, les vacuer dans des abris plus srs et mieux approvisionns. Pour cette deuxime phase, il avait sa disposition 315 bus scolaires (quelquĠun les a compts sur la photo), plus les bus rseau publique, plus un train de 500 personnes. Les bus scolaires taient l, 5 km du Superdome, sa disposition, il ne les a pas rquisitionns et ils seront inutilisables puisque inonds ds mardi matin. Ces bus, cĠest videmment un gros point noir pour le leadership louisianais, qui, cependant, chaque lection, trouve le moyen dĠaffrter toutes un flotte dĠautocars pour faire voter en masse le lumpenproltariat de la Nouvelle-Orlans. Ë la TV, la snatrice Mary Landrieu, dmocrate et reprsentant la Louisiane au Congrs des Etats-Unis dĠAmrique, a tour a tour pleur, dlir, menac de boxer le prsident Bush (un crime selon la loi amricaine, mais bon, passons) et refus de rpondre quand on lĠinterrogeait sur le problme des bus. Quand la compagnie ferroviaire Amtrak a propos un train pour vacuer 500 personnes, le maire Nagin a refus. La gouverneure, quant elle, a rsist obstinment la fdralisation des secours, demandant 24 h de rflexion ( !) Bush qui lui demandait dĠagir : Et, clou provisoire du cercueil (on en apprendra dĠautres dans un avenir proche)Éici, il faut sĠasseoir, reprendre son souffle et ne pas tre cardiaque ou sujet lĠhypertension, ELLE A REFUS Ë LA CROIX ROUGE (organisation prive), QUI TAIT AMPLEMENT POURVUE EN VIVRES ET EN SECOURS MDICAUX, DĠACCDER AU SUPERDOME PENDANT LĠHORREUR : Pourquoi ? Ç Il ne fallait pas faire de Superdome un centre dĠattraction pour les rfugis. È[ii] Kathleen Babineaux Blanco est notre Marie-Antoinette : Ç QuĠils mangent de la brioche ! È Ensuite, cette brave dame va parader sur CNN et dit que tout le monde a fait un Ç super job È pendant la tragdie. La prsentatrice a t quand mme estomaque et lĠa reprise. Dans une autre vido, elle a t prise Ç off È par les camras. Il ressort de cette vido lĠimpression dĠune femme perdue, au bord de la dpression nerveuse, et surtout dĠune gouverneure qui ne connat pas la Constitution de son pays et ne sait pas quĠelle doit faire une demande formelle au prsident pour que les troupes fdrales puissent intervenir : pas de mchancet, mais tellement dĠincomptence...une vraie dirigeante ne pleure pas la tlvision, elle remonte le moral de ses troupes et rserve ses larmes lĠintimit de son foyer. Il nĠest pas tonnant quĠune ptition pour son renvoi, ait t lance ds le 19 septembre. Elle nĠaboutira probablement pas, les louisianais, philosophes stoques, prfrant souvent lĠincapable corrompu quĠils connaissent celui dont ils ne savent encore rien. Il faut se rendre compte que toute la hirarchie politique louisianaise, en majorit dmocrate, est en ce moment en train de lutter pour sa survie politique. Il leur faut donc dplacer les responsabilits, et Bush et les autorits fdrales fournissent un bouc missaire presque parfait. Pendant quĠils endossent en public, lĠunanimit, le rle de professionnels de lĠindignation en carton-pte, ce qui rend TOUS leurs propos sujets caution, Bush accepte la tlvision nationale la responsabilit des manques qui ont noirci lĠaction de son gouvernement ; et bien sr, il sĠagit aussi dĠune opration mdiatique. Les acteurs louisianais du drame, Kathleen Blanco et C. Ray Nagin, lĠont compris, qui embotent le pas deux jours aprs. Nier une dconfiture ne conduit quĠ vous faire passer pour un hypocrite, un lche, un imbcile ou un vreux. Une dmocratie lit des dirigeants dont on ne sait pas sĠils le sont vraiment : cĠest une loterie, inhrente notre forme de gouvernement. Par miracle, New York avait lu un maire, Rudy Giuliani, qui se montra ds la premire minute la hauteur de la tragdie. En Louisiane, par malheur, lĠensemble des autorits se sont rvles pour ce quĠelles taient : incapables, de rares exceptions prs. Le problme est que la feuille de vigne de la pseudo comptence et du leadership nĠest pas arrache AVANT une catastrophe, mais APRéS. Il faudra donc rflchir la chane de commandement, et probablement installer des dirigeants nomms, et non lus, qui seront la source unique de lĠautorit locale ds les premiers moments dĠune urgence extrme. Soudain, quatre jours aprs le dbut de la tragdie, miracle ! tout change. On constate la tl (et ce nĠest pas un hasard, si vous voulez quĠon sĠoccupe de vous dans un dsastre, il faut tre deux pas des camras dĠune chane de prfrence nationale) : les vivres, les mdicaments et lĠeau arrivent, les rescaps commencent tre vacus en bon ordre, les scnes de dtresse diminuent en frquence et en intensit, on entend de moins en moins parler des pillards. En deux jours, il ne restera plus un seul des 32.000 vacus dans le Superdome, le Convention Center et sur lĠautoroute. Que sĠest-il pass ? H bien, enfin lĠarme arrive. Avec sa logistique tout entire, elle a d accder une ville - sur laquelle elle nĠavait que des informations confuses, contradictoires et alarmistes - dont les deux ponts dĠvacuation, vers Slidell lĠest, vers Mandeville au nord – I-55 – sont inutilisables, et dont lĠautoroute I-10 vers lĠouest et Baton Rouge est inonde, obligeant des dtours sans fin : tous les accs cruciaux sont soit infranchissables, soit endommags[iii]. En 10 jours (je sais, cĠest lent, mais gardez en mmoire la logistique et les atermoiements des autorits louisianaises), 20.000 soldats de lĠarme rgulire et 50.000 de la National Guard vont tre dploys. Un porte-avion, lĠIwo Jima, parti de Norfolk, viendra sĠancrer dans le port de la Nouvelle-Orlans. Dire que la guerre en Irak a priv Bush de ses moyens militaires dĠintervention relve donc de lĠignorance, de lĠaffabulation et de la malveillance les plus crasses[iv]. Pourquoi cette diffrence norme dĠefficacit par rapport aux autorits civiles (y compris fdrales) et la garde nationale dont le commandement doit tre assum par la gouverneure? Ë mon sens, parce que la premire fois sur le thtre de la catastrophe arrive une force dont la chane de commandement est parfaitement claire et qui, par vocation, a lĠhabitude du chaos que produit un champ de bataille. A posteriori (mais la critique rtrospective est facile), il aurait fallu, ds le dimanche avant lĠatterrissage de Katrina, militariser toute la zone quĠelle allait affecter. Ce qui amne rflchir sur le type de socit qui se prpare pour faire face aux catastrophes, naturelles ou provoques par le terrorisme. Elle sera par ncessit, et pas seulement aux Etats-Unis, de structure, dĠorganisation et dĠesprit militaires. Les liberts civiques passeront au second plan, parce que, sans scurit, impossible de secourir et de sauver, et aussi impossible de jouir de ces mmes liberts. Ce qui pose de graves questions pour le futur et devrait inquiter les partisans de la dmocratie, mais nĠautorise nullement lĠhargneuse dnonciation en gros de lĠ ÈAmrique de Bush È. 4.2. La responsabilit fdrale en gnral, et celle de Bush en particulier Une premire leon qui se dgage, cĠest que le pays, quatre ans aprs le 11 septembre, nĠest pas prpar une catastrophe majeure : le gouvernement a cr un nouveau ministre du Homeland Security, norme machine bureaucratique que le Congrs a impos un Bush rticent ; il marge pour 30 milliards de dollars au budget 2005. LĠadministration y a englouti des sommes gigantesques (350 millions sur dix ans pour la seule Louisiane), et y a rattach une autre agence fdrale auparavant indpendante, la FEMA. Ben Laden ne tlphonera pas 5 jours avant une attaque, au contraire de Katrina , il nĠy aura pas dĠavertissement en cas dĠattaque terroriste. On a vu tous les dfauts rdhibitoires de lĠhomo bureaucraticus surgir pendant le dsastre : paperasserie impose des volontaires et des secours officiels urgents, fonctionnaires sans notion claire de leurs responsabilits et de leurs fonctions, donc apathiques et hsitants, manque dĠinstructions pour les premiers secours, dlais dans les dcisions critiques. Ces problmes ne sont pas nouveaux : en 1992, sous la prsidence de Clinton, il avait fallu cinq jours la FEMA pour atteindre les victimes de Homestead en Floride, ville rase par lĠouragan Andrew. Ë cela sĠajoute que chaque tat contrle une branche locale du Homeland Security, ce qui cre encore une autre confusion dans la chane de commandement. Le problme, ici, ce ne sont pas les coupures de budget et la soi-disant privatisation des services aux dpens du service public, par un pseudo conformisme aux principes dĠun libralisme sauvage et dĠun capitalisme inhumain ; tout au contraire, cĠest lĠinflation fantastique de dpenses gargantuesques dont personne ne sĠavise de vrifier lĠefficace, et o chaque membre du Congrs, quĠil soit dmocrate ou rpublicain, trouve lĠoccasion dĠarroser son district ou son tat sans aucun gard aux ncessits relles de la scurit et de la dfense de lĠensemble du pays. Et bien entendu, le seul obstacle ce clientlisme et cette corruption indcents devrait tre la fermet du prsident. Quoi quĠil en soit, cette gabegie est fort inquitante, et tout doit tre revu. Je doute que des amliorations substantielles soient faites temps, qui prpareraient le pays la prochaine attaque terroriste. Quant au prsident, il a t beaucoup trop lent ragir la catastrophe. Il lui aurait fallu tre sur place le lundi. Avant le dsastre, il nĠa videmment pas surveill de prs les sommes alloues par le Congrs au nouveau ministre du Homeland Security, et nĠa pas vrifi lĠefficacit de ce dpartement. LĠide de coiffer la FEMA par le Homeland Security tait probablement mauvaise. Ce qui me parat cependant presque aussi grave que lĠapathie de la gouverneure Kathleen Blanco et du maire C. Ray Nagin, cĠest dĠavoir nomm et fait ratifier par le Congrs Michael Brown comme directeur de la FEMA, une agence cruciale en cas dĠurgence nationale. Celui-ci tait auparavant commissionnaire et avocat-conseil pour lĠAssociation Internationale des Chevaux Arabes (base au Colorado), poste duquel il avait t renvoy la suite dĠerreurs de supervision. Ë sa suite, huit directeurs tout aussi Ç comptents È ont remplac les professionnels des oprations qui taient en place. Donc, la FEMA a abord Katrina avec une direction truffe de copains politiques sans comptences particulires. Sur ce point, la responsabilit du prsident est directe, vrifie, accablante et impardonnable. Je mĠtends moins sur cette question, non pas par sympathie partisane, mais parce que les mdia ont surexpos la responsabilit du prsident aux dpens de la responsabilit locale ; reste que le prsident Bush a commis une faute tragique et quĠil devra en rendre compte. Cependant, il a accept sa responsabilit entire dans la gabegie fdrale[v]. En bref, toutes les causalits dĠune histoire extrmement complexe (et que je nĠai fait que rsumer grands traits) convergent pour produire une singularit catastrophique, une Ç tempte parfaite È o chacune des causes va jouer son rle pour aggraver la crise. Un ouragan qui a tout dvoil : une ville et un tat o rien ou peu de choses marchaient correctement avant la catastrophe, un tat fdral aux responsabilits diffuses, Lviathan immobiliste en certains cas sans leaders rels, une agence cruciale pour les secours (la FEMA) encombre de titulaires politiques nomm par le prsident et ratifis par le Congrs, un prsident lent ragir, des agences ministrielles (Department of Homeland Security) que le prsident et le congrs ont arroses de subsides normes sans gard aux responsabilits, aux qualifications des responsables et lĠefficacit. Mais, Bush ou pas Bush, rien, absolument rien nĠindique que la catastrophe et pu avoir une issue diffrente. En 1992, 1998, 2000, 2004, les digues auraient lch, les pompes cass, lĠeau mont, les tlphones cess de fonctionner, les pillards pill, les bureaucrates auraient bureaucrat, les insouciants et les imprvoyants insouci et imprvoy, les pres illgitimes copul et les mres clibataires enfant, les mauvais flics dmissionn, les autorits de Louisiane et de la ville auraient t charges de lĠvacuation, et la Nouvelle-Orlans, le Mississippi, le lac Pontchartrain et le Golfe du Mexique auraient t ce quĠils sont. Tout attribuer Bush, y compris, comme on lĠa vu, lĠouragan lui-mme ( cause du rchauffement climatique[vi]) relve de la haine, du fantasme ou du mythe collectif (faites votre choix). La responsabilit des premires lignes, o un vrai leader et vit presque toutes les horreurs quĠon a vues la tl, incombait aux seules autorits municipales et de lĠtat de Louisiane. Le cafouillage des secours fdraux nĠa fait quĠamplifier ce qui tait dj une tragdie[vii]. Et, sans que les mdias ne s'en aperçoivent ou daignent le signaler, bon nombre de choses ont parfaitement march[viii].
1. Katrina, un ouragan dĠantiamricanisme |
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[i] On peut sĠinterroger sur les motifs de Randall Robinson. Il sĠagissait sans doute dans son esprit de pouvoir blmer Ç la structure esclavagistes du pouvoir blanc È. QuoiquĠil en soit, il montre fort peu de respect pour son groupe ethnique, sĠil croit quĠil peut retourner la sauvagerie en deux jours.
[ii] Hurricane Katrina: Why is the Red Cross not in New Orleans? Voir aussi: http://www.radioblogger.com/
[vi] La non ratification du protocole de Kyoto doit tre attribue au Congrs pendant la prsidence de Clinton, qui sĠest bien garder de la proposer. Ë terme, si le trait tait rentr en application, la rduction de CO 2 et t de 0.14% par ailleurs, il exceptait de ses conditions les deux conomies les plus polluantes du monde, lĠInde et la Chine, ( par rapport au produit national brut) et pnalisait toutes les conomies occidentales; la France, par exemple, qui a ratifi le protocole, nĠarrive mme pas le mettre en application. Enfin, la corrlation entre cyclones et rchauffement est impossible tablir scientifiquement.
[vii] Pour une bonne couverture de lĠouragan, voir Hurricane Katrina, Slate's take on the natural disaster
[viii] Pour lĠefficacit des secours fdraux,
voir lĠarticle de Lou Dolinar : http://realclearpolitics.com/Commentary/com-9_15_05_LD.html
Voir aussi le communiqu du Department of Homeland Security : What Government is
Doing (as of September 15, 2005).