1. Katrina, un ouragan dĠantiamricanisme
2. Problèmes historiques, sociaux et politiques La Nouvelle-Orlans est aujourdĠhui une ville noire 67%, avec lĠun pires des taux de pauvret dĠune grande agglomration (15%– ce qui affecte tout le monde sans distinction de race) ; elle se classe 64me pour le revenu mdian sur les 70 plus grandes agglomrations urbaines de lĠAmrique, avec 27.000 dollars par foyer (22.000 Û). Nulle Ç rvlation È, donc, ce que Katrina ait expos certaine sordidit. Ce profil dmographique est lui-mme la rsultante dĠune trs longue histoire qui commence la fondation de la ville en 1718. Ds le dbut, Bienville Ç importe È en effet des esclaves, pour mettre en valeur la colonie[i] ; en Louisiane, aujourdĠhui encore, il y a des Lacour et des Landry noirs, qui portent le nom du propritaire franais de leurs anctres (cette imposition de patronyme des gens qui nĠavaient que des prnoms, ou quĠun nom, fut courante dans le systme des plantations ; il y avait par ailleurs nombre de noirs libres, eux-mmes propritaires dĠesclaves, mais ceci est une autre histoire). LĠimportation dĠesclaves sĠacclrera au XIXe sicle, quand la Louisiane devient le fournisseur de coton du monde entier, avec le systme des plantations esclavagistes. Ë la fin de la guerre civile (1864), le Sud vaincu garde la majorit de ses anciens esclaves, et les maintient dans la sgrgation. DĠautre part, il devient politiquement, de faon massive, dmocrate, Lincoln et ses armes tant du parti rpublicain. A la victoire du Nord, ces dmocrates du Sud ne deviennent pas soudainement des humanistes, et ils feront tout pour maintenir la population noire dans sa sujtion. Renversement du tout au tout en 1965, quand Lyndon B. Johnson, prsident dmocrate, signe les lois des droits civiques qui permettent aux noirs dĠaccder enfin au vote. Or, cette fois, les rpublicains se sont opposs la lgislation. LĠlectorat noir va dsormais voter dmocrate avec une fidlit que leur maintien dans une situation socio-conomique dfavorable nĠarrive pas entamer (il reprsente 35% des votants en Louisiane) ; par exemple la snatrice Mary Landrieu, dmocrate, a t lue en 1996 par une marge fort mince, o les voix noires de la Nouvelle-Orlans faisaient la diffrence. DĠautre part, les politiciens de la Louisiane resteront dans leur immense majorit dmocrates, mais ils auront dsormais un besoin absolu des voix noires pour se faire lire. Ë la Nouvelle-Orlans, la mairie sera aux mains de maires dmocrates noirs depuis 1977 jusquĠ aujourdĠhui. Le maire actuel, C. Ray Nagin, reprsente la fois la loi et son exception, puisque cĠest un rpublicain devenu dmocrate pour pouvoir tre ligible. Des tonnes dĠencre et de papier ont t consacres au sous-dveloppement des afro-amricains aux Etats-Unis. Ce quĠil importe de saisir cĠest quĠau niveau local, les responsables du dveloppement ou de la stagnation ont t la plupart du temps des dmocrates, et souvent des noirs. La Nouvelle-Orlans est ainsi deux villes en une : une communaut historique, touristique, joyeuse, charmante, un bel ensemble dĠhtellerie moderne et luxueuse, et, juxtapose, une communaut pauvre, qui vit fort bien compar aux normes de pauvret mondiales, mais trs mal par rapport aux normes amricaines. La Nouvelle-Orlans a son Ç tiers-monde È, dans lequel, comme on lĠa vu, elle est prte retomber quand les forces de lĠordre et la structure sociale se dissolvent. Ainsi, trois gangs de pillards ont pris contrle de la Nouvelle Orlans ds aprs Katrina. Ils tiraient sur les hlicoptres et les embarcations de secours, mettaient le feu aux supermarchs et pillaient les armureries. Ils prenaient d'assaut les hpitaux pour se provisionner en hrone[ii]. Un groupe a attaqu les ingnieurs qui rparaient les digues, six dĠentre eux ont t abattus. Quatre jours aprs la catastrophe l'ordre a enfin commenc se rtablir. La question quĠil faut poser propos des pillards qui ont fait surface la suite de lĠinondation : cette lie tait connue de la police et terrorisait les quartiers pauvres depuis des annes ; pourquoi la police noire en majorit sous des maires noirs depuis des dcennies ne sĠen sont jamais occups ? Pourquoi nĠont-ils pas assur la scurit de leurs concitoyens, dans leur immense majorit des gens honntes ? Parce quĠil faut laisser la pgre faire ses bnfices sur le dos des plus pauvres et fermer les yeux sur les trafiquants de drogue : on prend son pourcentage au passage[iii]. En dĠautres termes, les ghettos sont des zones de non-droit, o les forces de police trouvent de nombreuses occasions de corruption ; jĠai toujours t scandalis par lĠindiffrence qui rgne sur cette question, et nĠai jamais pu comprendre pourquoi des citoyens honntes ne jouissaient pas de la mme protection scuritaire que moi. Par ailleurs, depuis les annes cinquante, les budgets des polices municipales dans lĠensemble des Etats-Unis ont connu des rductions drastiques ; et, sans scurit, pas de libert (et pas de secours possibles, un des thmes rcurrents que Katrina a aussi mis en lumire). La police de la Nouvelle-Orlans est, depuis des dcennies, la plus corrompue du pays. Parmi les deux cent cinquante policiers qui nĠont pas pris leur service pendant Katrina, il y avait certes des victimes de la catastrophe, inquiets pour le sort de leur famille ; mais aussi des policiers qui avaient peur de la situation et qui, pour rien au monde, ne se seraient lancs dans une opration de rtablissement de lĠordre alors quĠils taient totalement privs de leur systme de communication ; ils connaissaient trop bien leur propre terrain. Certains policiers se sont mme joints au pillage (on a vu une voiture de police remorquer un Hummer flambant neuf pris chez un concessionnaire ; difficile de dire si cĠtait une rquisition, un sauvetage financ par le concessionnaire, ou simplement un pillage, personne nĠayant t assez imprudent pour interroger le policier). En 2004, pour une recherche universitaire, on tire 700 coups blanc dans un quartier : PERSONNE nĠa tlphon la police[iv]. Ceci dit, bon nombre dĠagents et de pompiers ont fait leur travail avec hrosme, dans des conditions apocalyptiques ; de mme, le pillage, le crime, le tir sur les sauveteurs ont t lĠexception; la rgle a t la solidarit et le don, au del des races, des classes et des religions. Reste quĠun ouragan, ft-il monstrueux, ne suffit pas expliquer quĠune ville comme la Nouvelle-Orlans bascule dans la loi de la jungle en deux jours. Ce retour lĠge de la pierre ne peut tre expliqu que si les conditions prexistaient la catastrophe. Plus gnralement, nous vivons, partout dans le premier monde, dans une socit extrmement fragile, o une perte dĠnergie de trois jours nous ramne instantanment lĠge de la pierre. Pour prolonger et largir lĠangle racial, pourquoi voit-on toutes ces mres clibataires parmi les rfugis ? Parce quĠil nĠy pas de mari dans 65% des familles qui vivent au dessous du seuil de pauvret. A-t-on jamais entendu parler dĠune recherche en paternit pour forcer les pres noirs assumer leurs responsabilits paternelles ? H bien non, ce serait Ç raciste È alors que bien videmment cĠest la politique elle-mme - ou son absence - qui est raciste, puisquĠelle concourt dtruire la stabilit de la cellule familiale noire, et prive les mres clibataires des pensions alimentaires qui leur sont dues par les pres de leurs enfants. Partout et trs souvent, dans le proltariat noir, ce sont les femmes qui ont la responsabilit entire de lĠespace domestique, elles font tout ce quĠelles peuvent pour nourrir, habiller loger et duquer leurs enfants, mais enfin, on ne peut exiger dĠelles lĠimpossible. Il ne sĠagit pas de ddouaner la socit de son devoir de solidarit, mais de comprendre que la responsabilit individuelle joue un rle important dans la dliquescence prsente du lumpenproltariat amricain. Il faut aussi dmystifier quelques ides, reues par le public comme vrit dĠvangile, sur la pauvret aux Etats-Unis. Tout dĠabord, le seuil de pauvret, en dessous duquel les aides fdrales et locales peuvent tre obtenues et on ne paie plus aucun impt fdral, est, en 2005, autour de 15.000 euros. Ë New York ou San Francisco, cĠest la misre absolue. En Louisiane, o la vie est moiti moins chre, cĠest une base maigre, mais solide. DĠailleurs, beaucoup de ces Ç pauvres noirs È possdent leur maison, ont deux voitures, 3 tlvisions et 4 tlphones portables. Je ne parle pas du jardinier qui coupe mon gazon (en plus de son travail Exxon-Mobil) pour assurer lĠducation universitaire de ses enfants, avec sa Cadillac Escalade et sa belle maison de 6 pices. Diplm universitaire (criminologie), il se considre juste titre comme mon gal, et jouit dĠun niveau de vie plus lev que beaucoup de mes amis professeurs dĠUniversit en France, soumis un sort que je trouve bien entendu profondment injuste. En second lieu, 75% de ceux qui se situent en dessous du seuil de pauvret aux tats-Unis sont blancs. Troisimement, pour 80% dĠentre eux (toutes races confondues), leur passage au purgatoire, en dessous du seuil de pauvret, ne dure pas plus de six mois ; ils ont t mis au chmage, ils touchent les allocations de lĠassurance chmage, et, une demi anne aprs, retrouvent un travail qui rtablit leur revenu normal. Plus facile accomplir dans une conomie dynamique qui crot 3% par an et compte 5% de chmeurs, que dans une conomie sclrose avec 10-12% de sans emplois. Par ailleurs, en ce qui concerne la lgende europenne sur lĠabsence de couverture sociale aux USA, il faut souligner que, dans le budget fdral, la part des dpenses sociales est de 70% ; en 2005, le secteur du Ç welfare È tout compris (assurances maladie, retraite, scurit sociale, bons alimentaires, aides lĠducation, allocations chmage, etc.) reoit donc 1,4 mille milliards de dollars par an sur un budget fdral de deux mille milliards. Autant pour la-loi-de-la-jungle-du-capitalisme-sauvage-et-prdateur-tasunien qui est lĠun des thmes favoris de la presse franaise. Bush nĠa en rien diminu ces dpenses sociales, il les a augmentes en tendant la couverture maladie ; il a donc jet aux orties lĠun des credos centraux des rpublicains, la prudence fiscale[v]. Quant savoir si cette pluie dĠor est dpense de faon rationnelle et efficace, Katrina va, l aussi, jouer le rle de lĠarracheuse de feuilles de vigne, en rvlant le gaspillage, la corruption et lĠincomptence tous les niveaux du gouvernement fdral et local[vi]. Par ailleurs, si les noirs dans leur ensemble, sous la prsidence de Jimmy Carter, avaient connu une diminution de leur revenus rels, depuis Reagan, et la tendance continue sous W., les rangs de la classe moyenne noire ont fortement augment. Depuis 1982, la bourgeoisie noire est de plus en plus importante en nombre et en qualit : elle accde peu peu aux postes les plus importants tant dans le public que le priv. La plus grande maison de mon quartier est la proprit dĠun noir, entrepreneur dans lĠimmobilier. Ë Baton Rouge, la bourgeoisie noire est tablie 500 mtres de chez moi. Ils possdent des villas faire plir dĠenvie un franais ais. Sous Clinton, puis sous Bush, les revenus des noirs AUGMENTENT en termes rels de pouvoir dĠachat, mme sĠils ne le font pas la mme vitesse que le cinquime au sommet de la pyramide conomique (ce qui est proccupant, bien entendu, mais loin dĠtre ngatif)[vii]. Parler de Ç pauprisation È pour dcrire un tel processus est un grave abus de langage. Encore une fois, une conomie dynamique et sans inflation est dĠune efficacit phnomnale pour lĠamlioration du niveau de vie des plus pauvres[viii]. Entre 1959 et 1999, le pourcentage des pauvres dans la population blanche est pass de 18 10%, celui des noirs de 55% 24%. CĠest une russite fantastique. Depuis les annes 70, lĠEurope nĠa cr que 4 millions de nouveaux emplois nets, la plupart dans le secteur public. Durant la mme priode, les tats-Unis en ont gnr 57 millions[ix]. Presque immdiatement aprs lĠarrive terre de Katrina, certains commencent attiser les flammes de la division raciale : deux jours aprs la catastrophe, l'affaire est prise en main par des dmagogues (Jesse Jackson, Al Sharpton) dont le fond de commerce - littralement - est l'incitation la haine raciale. Bush est attaqu boulets rouges, accus de racisme (alors quĠil est le prsident contemporain sans doute le plus aveugle la couleur de la peau[x]), pas un mot sur la responsabilit norme, de la gouverneure dmocrate Kathleen Blanco et du maire noir C. Ray Nagin (voir plus bas), pas un seul appel la charit, pas un seul encouragement des gens qui ont tout perdu et doivent recommencer zro (cĠest peut-tre l le plus dsolant). Il faut comprendre que ces pseudo librateurs ont tout intrt maintenir le lumpenproltariat noir dans des conditions abjectes : c'est la clientle dont ils tirent leurs gras revenus et, si leur sort venait sĠamliorer (ce qui est le cas, lentement), leur discours se viderait de sens ; le lumpenproltariat doit tre conserv dans lĠirresponsabilit et la dpendance totale tous les niveaux, sinon il nĠaura plus besoin de ses prtendus Ç sauveurs È. La monte dĠune classe moyenne noire constitue la plus grande menace contre les pourvoyeurs de haine raciale. Si la tendance continue, ils se retrouveront eux-mmes au chmage, avec toutefois les parachutes dors de leurs fondations. Ë lĠinverse, il est dans lĠintrt bien compris de tout horrible capitaliste que les pauvres sĠenrichissent, pour quĠils puissent consommer plus (ceci sĠapplique aussi au dveloppement du tiers-monde). Il y a quelques annes, j'avais vu Jackson[xi] dclarer tranquillement que les noirs amricains ne pourraient jamais dpasser leur condition. Sous entendu : les blancs seront toujours racistes. Rien de plus raciste, de plus fataliste, de plus dsesprant qu'une telle pense. Jesse Jackson pense que le public est assez sot pour assimiler des pillards de pauvres gens qui ont tout perdu et qui ont t abandonns par leurs frres de race (la mairie et la police municipale) au moment le plus critique de leur vie - des gens dont je connais par exprience directe la bont, la gnrosit, la grandeur dĠme, le courage face lĠadversit et la scrupuleuse honntet. Jackson suppute que ses frres et sÏurs de race sont assez idiots pour croire la camelote idologique quĠil leur refile et grce laquelle il vit confortablement. Il est vrai que pour lui, il sĠagit dĠun rflexe logique de simple survie. En 22 ans en Louisiane, jĠai personnellement entendu deux fois des propos racistes (de la part de professeurs maintenant la retraite), et t tmoin dĠun seul incident raciste (lĠagression dĠun noir contre un blanc lors dĠune parade du Mardi Gras la Nouvelle-Orlans). Et jĠai eu aussi, ct dĠtudiants noirs fort brillants, quelques-uns tout tonns dĠtre soumis aux mmes exigences que leurs condisciples (y a pas de raison). Ceci dit, il ne sĠagit nullement pour moi de nier lĠexistence des ghettos, de la sgrgation et du lumpenproltariat[xii].
3. Particularités bien de chez nous Comme dit mon fils (nous comparions le 11 septembre et Katrina) :Ç This was New York, this is Louisiana È, cĠest dire quĠil faut toujours sĠattendre plus de corruption et dĠincomptence en Louisiane quĠ New York, et probablement dans lĠensemble du pays. Sous-dveloppement de lĠinfrastructure, sous-investissement dans lĠducation[xiii] et la police, corruption tous les niveaux du gouvernement, la Louisiane fait un peu figure de rpublique bananire ; avec un budget dĠtat de 17 milliards de dollars par an (en plus de la masse norme des subventions fdrales), il me semble quĠon pourrait faire mieux. Mais pour mieux faire, il faudrait neutraliser la kleptocratie louisianaise, qui, ds toujours, a t aux commandes. Ceci dit, si lĠon compare le produit domestique brut par habitant des tats des Etats-Unis celui des pays europens (ce qui fait sens en terme de taille), lĠconomie de la Louisiane se classe 26me, celle du Mississippi, lĠtat le plus pauvre de lĠUnion 50me. La France serait au 57me rang, lĠunion europenne dans son ensemble au 61me : Un louisianais est plus riche de 30% environ quĠun franais moyen. On me rtorquera les ingalits amricaines ; loin de moi lĠide de les nier, mais pardonnez-moi si je prfre une croissance qui lve les revenus de tous (mme ceux des plus dmunis) un nivellement par le bas et une pauprisation progressive (de par l mme insensible aux intresss). Vous me direz avec raison que lĠincurie la suite de Katrina nĠen est que plus blmable. L encore, inutile de sĠenfermer dans une dngation, mais rappelez-vous quĠune canicule, phnomne naturel bien moins srieux quĠun cyclone, a fait 15.000 morts un certain t dans un certain pays, 35.000 en Europe au total. Quand tout va bien en Louisiane, tout se passe peu prs mal, mais la vie y est douce, les restaurants excellents, les gens ont le cÏur sur la main, ils sont hospitaliers, sympathiques, intressants, ouverts, ils savent sĠamuser ; huit mois par an, le climat y est idyllique (le restant, cĠest la canicule permanente, mais personne nĠen meurt) ; la nature est dĠune beaut extraordinaire, la culture plurielle et fascinante. Quand une catastrophe arrive, cĠest lĠcroulement immdiat. LĠex-chef de la police new-yorkaise, quand il a compris, le 11 septembre 2001, une minute aprs le second avion sur le WTC, que cĠtait une attaque, sĠest mis en pilote automatique sur un plan prpar, discut et rpt en 1996. De plus son rseau de communication tait intact et il nĠy avait pas lĠeau. Or, pour la Nouvelle-Orlans, il y AVAIT aussi un plan, qui prvoyait peu prs tout ce qui sĠest pass et dictait lĠordre des oprations. Que sĠest il pass ? H bien, en juillet 2004, la gouverneure Kathleen Blanco et le maire C. Ray Nagin (un noire et une blanche dmocrates, soit dit en passant, mais cĠest lĠincomptence qui est en cause, non lĠappartenance politique ou la race), et les autorits responsables de lĠtat ont rpt un plan dĠvacuation prpar par la FEMA (Federal Emergency Management Agency : http://www.fema.gov/) ; avec un ouragan de catgorie 3, le plan concluait 40 000 morts, 1 000 000 blesss, 1 million de personnes dplaces pour un an au minimum, et de 3 6 mtres dĠeau dans la cuvette nouvelle-orlanaise. Fort heureusement, seules les deux dernires prvisions sont devenues ralit[xiv]. LĠexercice fait, il devait former la base de recommandations pour un plan dfinitif, dont les avenants nĠont pas encore t publis[xv]. QuoiquĠil en soit, la chane de commandement louisianaise, qui est et devrait tre en premire ligne dans une catastrophe, tait inconnue du bataillon ds la premire heure aprs lĠatterrissage de Katrina; les secours fdraux, mme prpositionns comme ils lĠtaient le 27 septembre, ont besoin de 72 h. au minimum pour se dployer. Ajoutez cela la destruction immdiate du rseau de communication de la police, caus LUI AUSSI par lĠimprvoyance et lĠimprparation et vous avez la recette du parfait dsastre. Voici le commentaire dĠun habitant sur lĠincurie de la Nouvelle-Orlans et sur la lenteur de la rponse fdrale. Le 17 septembre, lĠenqute sur la corruption louisianaise commence dj.[xvi] 1. Katrina, un ouragan dĠantiamricanisme |
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[i] Ce serait un anachronisme que de le lui reprocher : au dix-huitime sicle, part quelques quakers anglais, tout le monde trouve lĠesclavage parfaitement normal, y compris les chefs africains qui fournissent la Ç marchandise È aux esclavagistes de la traite.
[ii] Un peu dĠhumour : un habitant sĠest dcid enfin vacuer 10 jours aprs lĠouragan Ç parce quĠil nĠy avait plus un gramme dĠherbe dans la ville È.
[iii] Dans une moindre mesure, le mme problme affecte Baton Rouge, et nombre des villes amricaines qui ont un ghetto.
[iv] La police inspire si peu confiance que les tmoins refusent souvent de faire une dposition. Rien dĠtonnant ce que le taux dĠhomicides soit 10 fois plus lev que celui de la moyenne nationale pour les grandes agglomrations.
[v] Paradoxalement et lĠinverse, Clinton avait produit un surplus budgtaire de 200 milliards de dollars la fin de son deuxime mandat. Clinton a donc coup lĠherbe sous les pieds des rpublicains en leur enlevant lĠun de leurs principaux arguments. Dans son adresse la nation le 15 septembre 2005, Bush a fait de mme quant aux dmocrates, en annonant un gonflement des dpenses pratiquement sans limite pour faire face aux consquences de Katrina. En 2005, les dpenses militaires représentent 4% du budget fédéral par rapport aux 8% qui leur étaient consacrés pendant la guerre froide. crivez ces sommes avec leurs zros, a dpasse lĠimagination. Pour mmoire, je rappelle que le poids de la dette publique aux USA quivaut 65% du PNB (France : 67%).
[vi] Deux exemples: 2 milliards pour les travaux de lĠ Army Corps of Enginners, 350 millions au titre du Homeland Security sont revenus la Louisiane. Les digues ont lch, et personne nĠtait en scurit le 29 aot la Nouvelle-Orlans.
[vii] En 1993, le taux de pauvret des noirs tait de 33,1%; en 2004, il a diminu 24,7%. SĠil a augment chez les Hispaniques de 12% en 1980 25% en 2004, cĠest en raison de la massive immigration illgale en provenance du Mexique.
[viii] Quelques statistiques sur la pauvret en Amrique :
á 46% des mnages classs comme pauvres possdent leur propre maison. Celle-ci est compose en moyenne dĠune salle de sjour, 3 chambres, 2 salles dĠeau, un garage et un patio.
á 76% ont lĠair conditionn. Par comparaison, il y a 30 ans, 36% de la population amricaine avait lĠair conditionn.
á 6% seulement des mnages pauvres sont considrs comme bonds : plus des 2/3 ont plus de 2 chambres par personne.
á Le pauvre amricain moyen a plus dĠespace habitable que lĠindividu moyen vivant Paris, Londres, Vienne, Athnes, et dans dĠautres villes en Europe. (Cette comparaison est faite avec les citoyens ordinaires des pays cits, non les pauvres).
á Prs des ¾ des mnages pauvres possdent une voiture; 30% en possdent 2 ou plus.
á 97% des mnages pauvres possdent une tlvision couleur; plus de la moiti en possdent 2 ou plus.
á 78% possdent un magntoscope ou un lecteur DVD; 62% ont le cble ou le satellite.
á 73% ont un micro-ondes, et 1/3 ont un lave-vaiselle.
[ix] Voir aussi Un point de vue polmique qui chappera certainement aux grands mdias.
[x] Bien sr, Bush nĠest pas non plus sans responsabilit, jĠy reviendrai.
[xi] A propos du ÔBlack leadershipĠ.
[xii] Opinion dĠune journaliste noire : How can we be talking about racism? by Star Parker
[xiii] Les coles publiques de la Nouvelle-Orlans, dont les tudiants sont noirs 93%, ont chou dans leur devoir citoyen. LĠEtat de Louisiane classe 47% des coles la Nouvelle-Orlans comme Ôinacceptables sur le plan acadmiqueĠ, et 26% sont sous Ôavertissement acadmiqueĠ. 25% des adultes nĠont pas le Baccalaurat.
En rgle gnrale, les dmocrates sĠentendent avec les syndicats dĠenseignants (loyaux lecteurs) pour leur viter dĠavoir rendre des comptes au public. La classe moyenne, lasse de payer deux colages (lĠun public, par leurs impts, lĠautre priv, pour que leurs enfants aient une ducation dcente) rsistent farouchement (et logiquement) toute hausse dĠimpt destine lĠenseignement public sans que les matres dĠcole sĠengagent, par contrat, produire enfin des rsultats peu prs moyens. La Louisiane est une caricature de cette impasse, les enseignants ayant toujours refus tout contrle de qualit.
[xiv] Opinion dĠun floridien : Louisiana Failed To Follow A Flawed Plan.
[xv] Katrina a eu lĠobligeance dĠannoncer la catastrophe au moins cinq jours lĠavance. Au vu des rsultats du sauvetage, il est vident que PERSONNE en Louisiane nĠa eu lĠide de sortir le plan de son tiroir et de lĠtudier.
[xvi] Plusieurs officiels louisianais de la branche locale du DHS (Department of Homeland Security) sont inculps de dtournement de fonds portant sur plusieurs millions de dollars. Pour 97% des dpenses, les factures sont introuvables.
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