1. Katrina, un ouragan dĠantiamŽricanisme
2. Problmes historiques, sociaux et politiques
3. ParticularitŽs bien de chez nous
4. La rŽpartition des responsabilitŽs
5. LĠ‰ge de la dŽsinformation

 

2. Problèmes historiques, sociaux et politiques

La Nouvelle-OrlŽans est aujourdĠhui une ville noire ˆ 67%, avec lĠun pires des taux de pauvretŽ dĠune grande agglomŽration (15%– ce qui affecte tout le monde sans distinction de race) ; elle se classe 64me pour le revenu mŽdian sur les 70 plus grandes agglomŽrations urbaines de lĠAmŽrique, avec 27.000 dollars par foyer (22.000 Û). Nulle Ç rŽvŽlation È, donc, ˆ ce que Katrina ait exposŽ certaine sordiditŽ. Ce profil dŽmographique est lui-mme la rŽsultante dĠune trs longue histoire qui commence ˆ la fondation de la ville en 1718. Ds le dŽbut, Bienville Ç importe È en effet  des esclaves, pour mettre en valeur la colonie[i] ; en Louisiane, aujourdĠhui encore, il y a des Lacour et des Landry noirs, qui portent le nom du propriŽtaire franais de leurs anctres (cette imposition de patronyme ˆ des gens qui nĠavaient que des prŽnoms, ou quĠun nom, fut courante dans le systme des plantations ; il y avait par ailleurs nombre de noirs libres, eux-mmes propriŽtaires dĠesclaves, mais ceci est une autre histoire). LĠimportation dĠesclaves sĠaccŽlŽrera au XIXe sicle, quand la Louisiane devient le fournisseur de coton du monde entier, avec le systme des plantations esclavagistes. Ë la fin de la guerre civile (1864), le Sud vaincu garde la majoritŽ de ses anciens esclaves, et les maintient dans la sŽgrŽgation. DĠautre part, il devient politiquement, de faon massive, dŽmocrate, Lincoln et ses armŽes Žtant du parti rŽpublicain. A la victoire du Nord, ces dŽmocrates du Sud ne deviennent pas soudainement des humanistes, et ils feront tout pour maintenir la population noire dans sa sujŽtion. Renversement du tout au tout en 1965, quand Lyndon B. Johnson, prŽsident dŽmocrate, signe les lois des droits civiques qui permettent aux noirs dĠaccŽder enfin au vote. Or, cette fois, les rŽpublicains se sont opposŽs ˆ la lŽgislation. LĠŽlectorat noir va dŽsormais voter dŽmocrate avec une fidŽlitŽ que leur maintien dans une situation socio-Žconomique dŽfavorable nĠarrive pas ˆ entamer (il reprŽsente 35% des votants en Louisiane) ; par exemple la sŽnatrice Mary Landrieu, dŽmocrate, a ŽtŽ Žlue en 1996 par une marge fort mince, o les voix noires de la Nouvelle-OrlŽans faisaient la diffŽrence. DĠautre part, les politiciens de la Louisiane resteront dans leur immense majoritŽ dŽmocrates, mais ils auront dŽsormais un besoin absolu des voix noires pour se faire Žlire. Ë la Nouvelle-OrlŽans, la mairie sera aux mains de maires dŽmocrates noirs depuis 1977  jusquĠˆ aujourdĠhui.

Le maire actuel, C. Ray Nagin, reprŽsente ˆ la fois la loi et son exception, puisque cĠest un rŽpublicain devenu dŽmocrate pour pouvoir tre Žligible.

Des tonnes dĠencre et de papier ont ŽtŽ consacrŽes au sous-dŽveloppement des afro-amŽricains aux Etats-Unis. Ce quĠil importe de saisir cĠest quĠau niveau local,  les responsables du dŽveloppement ou de la stagnation ont ŽtŽ la plupart du temps des dŽmocrates, et souvent des noirs. La Nouvelle-OrlŽans est ainsi deux villes en une : une communautŽ historique, touristique, joyeuse, charmante, un bel ensemble dĠh™tellerie moderne et luxueuse,  et, juxtaposŽe, une communautŽ pauvre, qui vit fort bien comparŽ aux normes de pauvretŽ mondiales, mais trs mal par rapport aux normes amŽricaines. La Nouvelle-OrlŽans a son Ç tiers-monde È, dans lequel, comme on lĠa vu, elle est prte ˆ retomber quand les forces de lĠordre et la structure sociale se dissolvent. Ainsi, trois gangs de pillards ont pris contr™le de la Nouvelle OrlŽans ds aprs Katrina. Ils tiraient sur les hŽlicoptres et les embarcations de secours, mettaient le feu aux supermarchŽs et pillaient les armureries. Ils prenaient d'assaut les h™pitaux pour se provisionner en hŽro•ne[ii]. Un groupe a attaquŽ les ingŽnieurs qui rŽparaient les digues, six dĠentre eux ont ŽtŽ abattus. Quatre jours aprs la catastrophe l'ordre a enfin commencŽ ˆ se rŽtablir. La question quĠil faut poser ˆ propos des pillards qui ont fait surface ˆ la suite de lĠinondation : cette lie Žtait connue de la police et terrorisait les quartiers pauvres depuis des annŽes ; pourquoi la police noire en majoritŽ sous des maires noirs depuis des dŽcennies ne sĠen sont jamais occupŽs ? Pourquoi nĠont-ils pas assurŽ la sŽcuritŽ de leurs concitoyens, dans leur immense majoritŽ des gens honntes ? Parce quĠil faut laisser  la pgre faire ses bŽnŽfices sur le dos des plus pauvres et fermer les yeux sur les trafiquants de drogue : on prend son pourcentage au passage[iii]. En dĠautres termes, les ghettos sont des zones de non-droit, o les forces de police trouvent de nombreuses occasions de corruption ; jĠai toujours ŽtŽ scandalisŽ par lĠindiffŽrence qui rgne sur cette question, et nĠai jamais pu comprendre pourquoi des citoyens honntes ne jouissaient pas de la mme protection sŽcuritaire que moi. Par ailleurs, depuis les annŽes cinquante, les budgets des polices municipales dans lĠensemble des Etats-Unis ont connu des rŽductions drastiques ; et, sans sŽcuritŽ, pas de libertŽ (et pas de secours possibles, un des thmes rŽcurrents que Katrina a aussi mis en lumire).

 La police de la Nouvelle-OrlŽans est, depuis des dŽcennies, la plus corrompue du pays. Parmi les deux cent cinquante policiers qui nĠont pas pris leur service pendant Katrina, il y avait certes des victimes de la catastrophe, inquiets pour le sort de leur famille ; mais aussi des policiers qui avaient peur de la situation et qui, pour rien au monde, ne se seraient lancŽs dans une opŽration de rŽtablissement de lĠordre alors quĠils Žtaient totalement privŽs de leur systme de communication ; ils connaissaient trop bien leur propre terrain. Certains policiers se sont mme joints au pillage (on a vu une voiture de police remorquer un Hummer flambant neuf pris chez un concessionnaire ; difficile de dire si cĠŽtait une rŽquisition, un sauvetage financŽ par le concessionnaire, ou simplement un pillage, personne nĠayant ŽtŽ assez imprudent pour interroger le policier).  En 2004, pour une recherche universitaire, on tire 700 coups ˆ blanc dans un quartier : PERSONNE nĠa tŽlŽphonŽ ˆ la police[iv].

Ceci dit, bon nombre dĠagents et de pompiers ont fait leur travail avec hŽro•sme, dans des conditions apocalyptiques ; de mme, le pillage, le crime, le tir sur les sauveteurs ont ŽtŽ lĠexception; la rgle a ŽtŽ la solidaritŽ et le don, au delˆ des races, des classes et des religions.

Reste quĠun ouragan, fžt-il monstrueux, ne suffit pas ˆ expliquer quĠune ville comme la Nouvelle-OrlŽans bascule dans la loi de la jungle en deux jours. Ce retour ˆ lĠ‰ge de la pierre ne peut tre expliquŽ que si les conditions prŽexistaient ˆ la catastrophe. Plus gŽnŽralement, nous vivons, partout dans le premier monde, dans une sociŽtŽ extrmement fragile, o une perte dĠŽnergie de trois jours nous ramne instantanŽment ˆ lĠ‰ge de la pierre.

Pour prolonger et Žlargir lĠangle racial, pourquoi voit-on toutes ces mres cŽlibataires parmi les rŽfugiŽs ? Parce quĠil nĠy pas de mari dans 65% des familles qui vivent au dessous du seuil de pauvretŽ. A-t-on jamais entendu parler dĠune recherche en paternitŽ pour forcer les pres noirs ˆ assumer leurs responsabilitŽs paternelles ? HŽ bien non, ce serait Ç raciste È alors que bien Žvidemment cĠest la politique elle-mme - ou son absence - qui est raciste, puisquĠelle concourt ˆ dŽtruire la stabilitŽ de la cellule familiale noire, et prive les mres cŽlibataires des pensions alimentaires qui leur sont dues par les pres de leurs enfants. Partout et trs souvent, dans le prolŽtariat noir, ce sont les femmes qui ont la responsabilitŽ entire de lĠespace domestique, elles font tout ce quĠelles peuvent pour nourrir, habiller loger et Žduquer leurs enfants, mais enfin, on ne peut exiger dĠelles lĠimpossible.    Il ne sĠagit pas de dŽdouaner la sociŽtŽ de son devoir de solidaritŽ, mais de comprendre que la responsabilitŽ individuelle joue un r™le important dans la dŽliquescence prŽsente du lumpenprolŽtariat amŽricain.

Il faut aussi dŽmystifier quelques idŽes, reues par le public comme vŽritŽ dĠŽvangile, sur la pauvretŽ aux Etats-Unis. Tout dĠabord, le seuil de pauvretŽ, en dessous duquel les aides fŽdŽrales et locales peuvent tre obtenues et on ne paie plus aucun imp™t fŽdŽral, est, en 2005, autour de 15.000 euros.

Ë New York ou San Francisco, cĠest la misre absolue. En Louisiane, o la vie est moitiŽ moins chre, cĠest une base maigre, mais solide. DĠailleurs, beaucoup de ces Ç pauvres noirs È possdent leur maison, ont deux voitures, 3 tŽlŽvisions et 4 tŽlŽphones portables.  Je ne parle pas du jardinier qui coupe mon gazon (en plus de son travail ˆ Exxon-Mobil) pour assurer lĠŽducation universitaire de ses enfants, avec sa Cadillac Escalade et sa belle maison de 6 pices. Dipl™mŽ universitaire (criminologie), il se considre ˆ juste titre comme mon Žgal, et jouit dĠun niveau de vie plus ŽlevŽ que beaucoup de mes amis professeurs dĠUniversitŽ en France, soumis ˆ un sort que je trouve bien entendu profondŽment injuste.

En second lieu, 75% de ceux qui se situent en dessous du seuil de pauvretŽ aux ƒtats-Unis sont blancs.

Troisimement, pour 80% dĠentre eux (toutes races confondues), leur passage au purgatoire, en dessous du seuil de pauvretŽ, ne dure pas plus de six mois ; ils ont ŽtŽ mis au ch™mage, ils touchent les allocations de lĠassurance ch™mage, et, une demi annŽe aprs, retrouvent un travail qui rŽtablit leur revenu normal. Plus facile ˆ accomplir dans une Žconomie dynamique qui cro”t ˆ 3% par an et compte 5% de ch™meurs, que dans une Žconomie sclŽrosŽe avec 10-12% de sans emplois. Par ailleurs, en ce qui concerne la lŽgende europŽenne sur lĠabsence de couverture sociale aux USA, il faut souligner que, dans le budget fŽdŽral, la part des dŽpenses sociales est de 70% ; en 2005, le secteur du Ç welfare È tout compris (assurances maladie, retraite, sŽcuritŽ sociale, bons alimentaires, aides ˆ lĠŽducation, allocations ch™mage, etc.) reoit donc 1,4 mille milliards de dollars par an sur un budget fŽdŽral de deux mille milliards. Autant pour la-loi-de-la-jungle-du-capitalisme-sauvage-et-prŽdateur-Žtasunien qui est lĠun des thmes favoris de la presse franaise. Bush nĠa en rien diminuŽ ces dŽpenses sociales, il les a augmentŽes en Žtendant la couverture maladie ; il a donc jetŽ aux orties lĠun des credos centraux des rŽpublicains, la prudence fiscale[v]. Quant ˆ savoir si cette pluie dĠor est dŽpensŽe de faon rationnelle et efficace, Katrina va, lˆ aussi, jouer le r™le de lĠarracheuse de feuilles de vigne, en rŽvŽlant le gaspillage, la corruption et lĠincompŽtence ˆ tous les niveaux du gouvernement fŽdŽral et local[vi].

Par ailleurs, si les noirs dans leur ensemble, sous la prŽsidence de Jimmy Carter, avaient connu une diminution de leur revenus rŽels, depuis Reagan, et la tendance continue sous W., les rangs de la classe moyenne noire ont fortement augmentŽ. Depuis 1982, la bourgeoisie noire est de plus en plus importante en nombre et en qualitŽ : elle accde peu ˆ peu aux postes les plus importants tant dans le public que le privŽ. La plus grande maison de mon quartier est la propriŽtŽ dĠun noir, entrepreneur dans lĠimmobilier. Ë Baton Rouge, la bourgeoisie noire est Žtablie ˆ 500 mtres de chez moi. Ils possdent des villas ˆ faire p‰lir dĠenvie un franais aisŽ. Sous Clinton, puis sous Bush, les revenus des noirs AUGMENTENT en termes rŽels de pouvoir dĠachat, mme sĠils ne le font pas ˆ la mme vitesse que le cinquime au sommet de la pyramide Žconomique (ce qui est prŽoccupant, bien entendu, mais loin dĠtre nŽgatif)[vii]. Parler de Ç paupŽrisation È pour dŽcrire un tel processus est un grave abus de langage. Encore une fois, une Žconomie dynamique et sans inflation est dĠune efficacitŽ phŽnomŽnale pour lĠamŽlioration du niveau de vie des plus pauvres[viii].

            Entre 1959 et 1999, le pourcentage des pauvres dans la population blanche est passŽ de 18 ˆ 10%, celui des noirs de 55% ˆ 24%. CĠest une rŽussite fantastique. Depuis les annŽes 70, lĠEurope nĠa crŽŽ que 4 millions de nouveaux emplois nets, la plupart dans le secteur public. Durant la mme pŽriode,  les ƒtats-Unis en ont gŽnŽrŽ 57 millions[ix].

Presque immŽdiatement aprs lĠarrivŽe ˆ terre de Katrina, certains commencent ˆ attiser les flammes de la division raciale : deux jours aprs la catastrophe, l'affaire est prise en main par des dŽmagogues (Jesse Jackson, Al Sharpton) dont le fond de commerce - littŽralement - est l'incitation ˆ la haine raciale. Bush est attaquŽ ˆ boulets rouges, accusŽ de racisme (alors quĠil est le prŽsident contemporain sans doute le plus aveugle ˆ la couleur de la peau[x]), pas un mot sur la responsabilitŽ Žnorme, de la gouverneure dŽmocrate Kathleen Blanco et du maire noir C. Ray Nagin (voir plus bas), pas un seul appel ˆ la charitŽ, pas un seul encouragement ˆ des gens qui ont tout perdu et doivent recommencer ˆ zŽro (cĠest peut-tre lˆ le plus dŽsolant). Il faut comprendre que ces pseudo libŽrateurs ont tout intŽrt ˆ maintenir le lumpenprolŽtariat noir dans des conditions abjectes : c'est la clientle dont ils tirent leurs gras revenus et, si leur sort venait ˆ sĠamŽliorer (ce qui est le cas, lentement), leur discours se viderait de sens ; le lumpenprolŽtariat doit tre conservŽ dans lĠirresponsabilitŽ et la dŽpendance totale ˆ tous les niveaux, sinon il nĠaura plus besoin de ses prŽtendus Ç sauveurs È. La montŽe dĠune classe moyenne noire constitue la plus grande menace contre les pourvoyeurs de haine raciale. Si la tendance continue, ils se retrouveront eux-mmes au ch™mage, avec toutefois les parachutes dorŽs de leurs fondations. Ë lĠinverse, il est dans lĠintŽrt bien compris de tout horrible capitaliste que les pauvres sĠenrichissent, pour quĠils puissent consommer plus (ceci sĠapplique aussi au dŽveloppement du tiers-monde).

Il y a quelques annŽes, j'avais vu Jackson[xi] dŽclarer tranquillement que les noirs amŽricains ne pourraient jamais dŽpasser leur condition. Sous entendu : les blancs seront toujours racistes. Rien de plus raciste, de plus fataliste, de plus dŽsespŽrant qu'une telle pensŽe. Jesse Jackson pense que le public est assez sot pour assimiler des pillards ˆ de pauvres gens qui ont tout perdu et qui ont ŽtŽ abandonnŽs par leurs frres de race (la mairie et la police municipale) au moment le plus critique de leur vie - des gens dont je connais par expŽrience directe la bontŽ, la gŽnŽrositŽ, la grandeur dĠ‰me, le courage face ˆ lĠadversitŽ et la scrupuleuse honntetŽ. Jackson suppute que ses frres et sÏurs de race sont assez idiots pour croire ˆ la camelote idŽologique quĠil leur refile et gr‰ce ˆ laquelle il vit confortablement. Il est vrai que pour lui, il sĠagit dĠun rŽflexe logique de simple survie.

            En 22 ans en Louisiane, jĠai personnellement entendu deux fois des propos racistes (de la part de professeurs maintenant ˆ la retraite), et ŽtŽ tŽmoin dĠun seul incident raciste (lĠagression dĠun noir contre un blanc lors dĠune parade du Mardi Gras ˆ la Nouvelle-OrlŽans). Et jĠai eu aussi, ˆ c™tŽ dĠŽtudiants noirs fort brillants, quelques-uns tout ŽtonnŽs dĠtre soumis aux mmes exigences que leurs condisciples (y a pas de raison). Ceci dit, il ne sĠagit nullement pour moi de nier lĠexistence des ghettos, de la sŽgrŽgation et du lumpenprolŽtariat[xii].

 

3. Particularités bien de chez nous

Comme dit mon fils (nous comparions le 11 septembre et Katrina) :Ç This was New York, this is Louisiana È, cĠest ˆ dire quĠil faut toujours  sĠattendre ˆ plus de corruption et dĠincompŽtence en Louisiane quĠˆ New York, et probablement dans lĠensemble du pays. Sous-dŽveloppement de lĠinfrastructure, sous-investissement dans lĠŽducation[xiii] et la police, corruption ˆ tous les niveaux du gouvernement, la Louisiane fait un peu figure de rŽpublique bananire ; avec un budget dĠŽtat de 17 milliards de dollars par an (en plus de la masse Žnorme des subventions fŽdŽrales), il me semble quĠon pourrait faire mieux. Mais pour mieux faire, il faudrait neutraliser la kleptocratie louisianaise, qui, ds toujours, a ŽtŽ aux commandes. Ceci dit, si lĠon compare le produit domestique brut par habitant des Žtats des Etats-Unis ˆ celui des pays europŽens (ce qui fait sens en terme de taille), lĠŽconomie de la Louisiane se classe 26me, celle du Mississippi, lĠŽtat le plus pauvre de lĠUnion 50me.  La France serait au 57me  rang, lĠunion europŽenne dans son ensemble au 61me :

Un louisianais est plus riche de 30% environ quĠun franais moyen. On me rŽtorquera les inŽgalitŽs amŽricaines ; loin de moi lĠidŽe de les nier, mais pardonnez-moi si je prŽfre une croissance qui Žlve les revenus de tous (mme ceux des plus dŽmunis) ˆ un nivellement par le bas et ˆ une paupŽrisation progressive (de par lˆ mme insensible aux intŽressŽs).

Vous me direz avec raison que lĠincurie ˆ la suite de Katrina nĠen est que plus bl‰mable. Lˆ encore, inutile de sĠenfermer dans une dŽnŽgation, mais rappelez-vous quĠune canicule, phŽnomne naturel bien moins sŽrieux quĠun cyclone, a fait 15.000 morts un certain ŽtŽ dans un certain pays, 35.000 en Europe au total.

Quand tout va bien en Louisiane, tout se passe ˆ peu prs mal, mais la vie y est douce, les restaurants excellents, les gens ont le cÏur sur la main, ils sont hospitaliers, sympathiques, intŽressants, ouverts, ils savent sĠamuser ; huit mois par an, le climat y est idyllique (le restant, cĠest la canicule permanente, mais personne nĠen meurt) ; la nature est dĠune beautŽ extraordinaire, la culture plurielle et fascinante. Quand une catastrophe arrive, cĠest lĠŽcroulement immŽdiat. LĠex-chef de la police new-yorkaise, quand il a compris, le 11 septembre 2001, une minute aprs le second avion sur le WTC, que cĠŽtait une attaque, sĠest mis en pilote automatique sur un plan prŽparŽ, discutŽ et rŽpŽtŽ en 1996. De plus son rŽseau de communication Žtait intact et il nĠy avait pas lĠeau. Or, pour la Nouvelle-OrlŽans, il y AVAIT aussi un plan, qui prŽvoyait ˆ peu prs tout ce qui sĠest passŽ et dictait lĠordre des opŽrations.

Que sĠest il passŽ ? HŽ bien, en juillet 2004, la gouverneure Kathleen Blanco et le maire C. Ray Nagin (un noire et une blanche dŽmocrates, soit dit en passant, mais cĠest lĠincompŽtence qui est en cause, non lĠappartenance politique ou la race), et les autoritŽs responsables de lĠŽtat ont rŽpŽtŽ un plan dĠŽvacuation prŽparŽ par la FEMA (Federal Emergency Management Agency : http://www.fema.gov/) ; avec un ouragan de catŽgorie 3, le plan concluait ˆ 40 000 morts, 1 000 000 blessŽs, 1 million de personnes dŽplacŽes pour un an au minimum, et de 3 ˆ 6 mtres dĠeau dans la cuvette nouvelle-orlŽanaise. Fort heureusement, seules les deux dernires prŽvisions sont devenues rŽalitŽ[xiv]. LĠexercice fait, il devait former la base de recommandations pour un plan dŽfinitif, dont les avenants nĠont pas encore ŽtŽ publiŽs[xv].

QuoiquĠil en soit, la cha”ne de commandement louisianaise, qui est et devrait tre en premire ligne dans une catastrophe, Žtait inconnue du bataillon ds la premire heure aprs lĠatterrissage de Katrina; les secours fŽdŽraux, mme prŽpositionnŽs comme ils lĠŽtaient le 27 septembre, ont besoin de 72 h. au minimum pour se dŽployer. Ajoutez ˆ cela la destruction immŽdiate du rŽseau de communication de la police, causŽ LUI AUSSI par lĠimprŽvoyance et lĠimprŽparation et vous avez la recette du parfait dŽsastre.

Voici le commentaire dĠun habitant sur lĠincurie de la Nouvelle-OrlŽans et sur la lenteur de la rŽponse fŽdŽrale.

Le 17 septembre, lĠenqute sur la corruption louisianaise commence dŽjˆ.[xvi]

1. Katrina, un ouragan dĠantiamŽricanisme
2. Problmes historiques, sociaux et politiques
3. ParticularitŽs bien de chez nous
4. La rŽpartition des responsabilitŽs
5. LĠ‰ge de la dŽsinformation

 

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[i] Ce serait un anachronisme que de le lui reprocher : au dix-huitime sicle, ˆ part quelques quakers anglais, tout le monde trouve lĠesclavage parfaitement normal, y compris les chefs africains qui fournissent la Ç marchandise È aux esclavagistes de la traite.

[ii] Un peu dĠhumour : un habitant sĠest dŽcidŽ enfin ˆ Žvacuer 10 jours aprs lĠouragan Ç parce quĠil nĠy avait plus un gramme dĠherbe dans la ville È.

[iii] Dans une moindre mesure, le mme problme affecte Baton Rouge, et nombre des villes amŽricaines qui ont un ghetto.

[iv] La police inspire si peu confiance que les tŽmoins refusent souvent de faire une dŽposition. Rien dĠŽtonnant ˆ ce que le taux dĠhomicides soit 10 fois plus ŽlevŽ que celui de la moyenne nationale pour les grandes agglomŽrations.

[v] Paradoxalement et ˆ lĠinverse, Clinton avait produit un surplus budgŽtaire de 200 milliards de dollars ˆ la fin de son deuxime mandat. Clinton a donc coupŽ lĠherbe sous les pieds des rŽpublicains en leur enlevant lĠun de leurs principaux arguments. Dans son adresse ˆ la nation le 15 septembre 2005, Bush a fait de mme quant aux dŽmocrates, en annonant un gonflement des dŽpenses pratiquement sans limite pour faire face aux consŽquences de Katrina. En 2005, les dŽpenses militaires représentent 4% du budget fédéral par rapport aux 8% qui leur étaient consacrés pendant la guerre froide. ƒcrivez ces sommes avec leurs zŽros, a dŽpasse lĠimagination. Pour mŽmoire, je rappelle que le poids de la dette publique aux USA Žquivaut ˆ 65% du PNB (France : 67%).

[vi] Deux exemples: 2 milliards pour les travaux de lĠ Army Corps of Enginners, 350 millions au titre du Homeland Security sont revenus ˆ la Louisiane. Les digues ont l‰chŽ, et personne nĠŽtait en sŽcuritŽ le 29 aožt ˆ la Nouvelle-OrlŽans.

[vii] En 1993, le taux de pauvretŽ des noirs Žtait de 33,1%; en 2004, il a diminuŽ ˆ 24,7%. SĠil a augmentŽ chez les Hispaniques de 12% en 1980 ˆ 25% en 2004, cĠest en raison de la massive immigration illŽgale en provenance du Mexique.

[viii] Quelques statistiques sur la pauvretŽ en AmŽrique :

á       46% des mŽnages classŽs comme pauvres possdent leur propre maison. Celle-ci est composŽe en moyenne dĠune salle de sŽjour, 3 chambres, 2 salles dĠeau, un garage et un patio.

á       76% ont lĠair conditionnŽ. Par comparaison, il y a 30 ans, 36% de la population amŽricaine avait lĠair conditionnŽ.

á       6% seulement des mŽnages pauvres sont considŽrŽs comme bondŽs : plus des 2/3 ont plus de 2 chambres par personne.

á       Le pauvre amŽricain moyen a plus dĠespace habitable que lĠindividu moyen vivant ˆ Paris, Londres, Vienne, Athnes, et dans dĠautres villes en Europe. (Cette comparaison est faite avec les citoyens ordinaires des pays citŽs, non les pauvres).

á       Prs des ¾ des mŽnages pauvres possdent une voiture; 30% en possdent 2 ou plus.

á       97% des mŽnages pauvres possdent une tŽlŽvision couleur; plus de la moitiŽ en possdent 2 ou plus.

á       78% possdent un magnŽtoscope ou un lecteur DVD; 62% ont le c‰ble ou le satellite.

á       73% ont un micro-ondes, et 1/3 ont un lave-vaiselle.

[ix] Voir aussi Un point de vue polŽmique qui Žchappera certainement aux grands mŽdias.

[x] Bien sžr, Bush nĠest pas non plus sans responsabilitŽ, jĠy reviendrai.

[xi] A propos du ÔBlack leadershipĠ.

[xii] Opinion dĠune journaliste noire : How can we be talking about racism? by Star Parker

[xiii] Les Žcoles publiques de la Nouvelle-OrlŽans, dont les Žtudiants sont noirs ˆ 93%, ont ŽchouŽ dans leur devoir citoyen. LĠEtat de Louisiane classe 47% des Žcoles ˆ la Nouvelle-OrlŽans comme Ôinacceptables sur le plan acadŽmiqueĠ, et 26% sont sous Ôavertissement acadŽmiqueĠ. 25% des adultes nĠont pas le BaccalaurŽat.

En rgle gŽnŽrale, les dŽmocrates sĠentendent avec les syndicats dĠenseignants (loyaux Žlecteurs) pour leur Žviter dĠavoir ˆ rendre des comptes au public. La classe moyenne, lassŽe de payer deux Žcolages (lĠun public, par leurs imp™ts, lĠautre privŽ, pour que leurs enfants aient une Žducation dŽcente) rŽsistent farouchement (et logiquement) ˆ toute hausse dĠimp™t destinŽe ˆ lĠenseignement public sans que les ma”tres dĠŽcole sĠengagent, par contrat, ˆ produire enfin des rŽsultats ˆ peu prs moyens. La Louisiane est une caricature de cette impasse, les enseignants ayant toujours refusŽ tout contr™le de qualitŽ.

[xiv] Opinion dĠun floridien : Louisiana Failed To Follow A Flawed Plan.

[xv] Katrina a eu lĠobligeance dĠannoncer la catastrophe au moins cinq jours ˆ lĠavance. Au vu des rŽsultats du sauvetage, il est Žvident que PERSONNE en Louisiane nĠa eu lĠidŽe de sortir le plan de son tiroir et de lĠŽtudier.

[xvi] Plusieurs officiels louisianais de la branche locale du DHS (Department of Homeland Security) sont inculpŽs de dŽtournement de fonds portant sur plusieurs millions de dollars. Pour 97% des dŽpenses, les factures sont introuvables.

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